La graine
Dernière mise à jour : 14 août
Dans la veine fine du jour,
dérivait une plume.
Elle portait presque rien.
Une graine.
Elle vint frôler sa tête.
Elle élut domicile.
Ne voulant au début
que son lopin de lumière,
un peu de terre où tenir.

De petits filaments.
Ses bras méticuleux
fouillèrent les interstices.
Au début de légères migraines,
rien de bien exotique.
Mais les racines, elles,
furent d’une immense patience.
Elles ne poussaient pas.
Elles attendaient. Puis reprenaient.
À peine un millimètre. Puis un autre.
Assez lentement
pour qu'un homme n'y voie qu'un mauvais jour.
Puis un mauvais mois.
Puis une mauvaise année.
Les racines n'avaient jamais été pressées.
Elles atteignirent ses mains.
Chaque livre pesait comme un menhir.
Une seule page épuisait la semaine.
Puis les racines se glissèrent derrière son front.
Les mots précis s'enfuirent les premiers.
oubliant ce qu'ils venaient chercher.
Ne resta que la langue des enfants.
Des mots trop simples pour sa douleur.
Ils s’ancraient dans la gorge.
Inertes.
Comme du bois mort.
Puis elles gagnèrent sa poitrine.
Les rencontres ne soulevaient plus rien en lui.
Même les plus beaux visages passaient.
L'hiver, en lui, ne passait plus.
Puis les racines gagnèrent ses jambes.
Pour leur apprendre l'immobilité.
Chaque sortie coûtait des jours de silence.
« Il va mieux ! », disait-on.
Sans voir qu’il venait de brûler toute sa sève dans ces trois pas.
C’est là que le tronc prit sa place.
Le dos, sous les omoplates, céda au liège.
Le souffle : une résine lourde.
Le thorax ne se soulevait plus, il faisait cerne.
Au centre de la poitrine, le cœur oublia le battement.
Il devint duramen.
L'arbre ne poussait plus autour.
Il poussait à sa place.
Il était au début de sa vie.
Tout était encore à construire.
La sienne avait passé
sans passer par lui.
Puis les racines gagnèrent la mémoire.
Lorsqu’il releva la tête,
les enfants de ses amis savaient déjà lire.
Le monde le reconnaissait encore -
lui bégayait devant des visages sans nom.
Des pans entiers d'existence tombaient au blanc.
Des rues attendaient son retour.
Ses années n'avaient laissé que des commencements.

Puis, un matin,
la forêt n'était plus seule.
Entre les troncs,
un homme.
Dans ses bras,
une hache.
Quelque part sous l’écorce, quelque chose remua.
Je veux encore le jour.
Je lui montrerai où frapper.
Attika Lesire.




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