La graine
- Attika Lesire
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Dans la veine fine du jour, timide, elle vole.
Une plume.
Tombée du pelage d'un ange,
Porteuse d’une graine
Dans le silence de la timidité, elle vint frôler sa tête.
Elle élut domicile.
Ne voulant au début
qu'une petite place au soleil,
Un logis audacieux.
De petits filaments.
Ses bras méticuleux,
forèrent les interstices.

Au début de légères migraines,
...rien de bien exotique.
Mais les racines, elles,
furent d’une immense patience.
Redoutables,
elles eurent un tout autre projet.
Elles ne poussaient pas.
Elles attendaient. Puis reprenaient.
À peine.
Un millimètre.
Puis un autre.
Assez lentement
pour qu'un homme n'y voie qu'une mauvaise semaine.
Puis un mauvais mois.
Puis une mauvaise année.
Les racines n'avaient jamais été pressées.
Elles atteignirent ses mains.
Les livres étaient devenus des menhirs.
Il fallait désormais plusieurs jours pour tourner une page.
Puis les racines gagnèrent ses profondeurs.
Les mots oubliaient
ce qu'ils venaient chercher.
Ils demeuraient là,
immobiles,
comme des branches un soir d'hiver.

Et puis,
elles gagnèrent sa poitrine.
Les rencontres ne firent plus battre les branches.
Même les plus beaux visages passaient,
comme passent les saisons sur une pierre.
Les racines
descendirent
jusqu'à ses jambes.
Non pour les briser. Pour leur apprendre
l'immobilité.
Puis
elle reprenaient leur ouvrage.
Chaque sortie lui coûtait plusieurs jours de silence.
On disait :
"Il va mieux."
Personne ne voyait qu'il venait de dépenser toute sa semaine
pour ces quelques pas.
C’est là que le tronc commença à naître.
Si lentement,
qu'il ne sentit pas son dos
devenir écorce.

Son souffle,
pierre.
Son cœur,
bois.
L'arbre ne poussait plus autour.
Il poussait à sa place.
Lorsqu'il releva la tête,
les enfants de ses amis savaient déjà lire.
Puis les racines
gagnèrent sa mémoire.
Le monde semblait encore le reconnaître.
Lui n'y retrouvait plus personne.
Les racines
avaient fini par tresser
une cage.
Des rues
attendaient son retour.
Des années entières
n'avaient laissé derrière elles
que des commencements.
Petit garçon, il s'était pourtant vu
conquérir les étoiles.
Puis,
un matin,
la forêt n'était plus tout à fait seule.
Entre les troncs,
un homme.
Dans ses bras,
une hache.
L'arbre frémit.
Attika Lesire.




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